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samedi 3 octobre 2020

La ballade de Black Tom - Victor LaValle

 

 
Je n'ai jamais lu de Lovecraft, même si son univers m'a toujours intéressée. Le problème c'est que j'ai un peu de mal avec les romans trop brumeux, on l'on ne comprend jamais vraiment tout, où les mystères restent des mystères. J'aime bien comprendre ce qu'il se passe, essayer de trouver les réponses aux énigmes et, quand je ne trouve pas, d'en avoir l'explication. Bon, à part dans les jeux vidéo, où j'aime parfois avoir ce genre d'univers, où tu ne comprends rien à ce qu'il se passe mais tant pis tu avances quand même (et tu tires sur toutes les créatures étranges qui pointent le bout de leur nez). Mais parfois, certains romans de ce genre parviennent à me séduire, et c'est le cas de celui dont je vais vous parler ici.
La ballade de Black Tom est une réécriture d'une nouvelle de Lovecraft, "Horreur à Red Hook", grandement critiquée pour son racisme. Et quand je lis les critiques sur cette nouvelle, je n'ai pas du tout envie de la lire. Victor LaValle prend ici le contrepied de Lovecraft en dénonçant justement ce racisme.

L'histoire se déroule à New York, en 1924. Charles Thomas Tester vit dans un tout petit appartement avec son père à Harlem. Pour subvenir à leurs besoins, Charles est devenu un petit escroc et brille par sa capacité à devenir insignifiant aux yeux des gens qu'il croise. Comme son père, Charles est musicien et ne sort jamais sans son étui à guitare, mais contrairement à son père, il est particulièrement mauvais. Un jour, on l'engage pour livrer un grimoire occulte à une femme dans le Queens. Charles sent la sombre puissance de cette femme et sait que cette livraison ne pourrait avoir que de mauvaises répercutions, alors il agit en conséquence. Mais cela va également lui attirer des problèmes, d'autant plus qu'il attire l'attention, car un homme de couleur qui se promène dans le Queens ne passe pas inaperçu. Il fait d'ailleurs la rencontre d'un homme Blanc et riche nommé Suydam, qui l'engage pour jouer lors d'une soirée qu'il organise. Tout cela a l'air louche, mais vu la somme que cet inconnu propose, Charles ne peut refuser. Et sans le savoir, il est sur le point de faire s'écrouler tout son univers.

Charles Thomas Tester est un personnage pour lequel j'ai pas mal compatis. Sans entrer dans les détails, car je dévoilerais des éléments essentiels de l'histoire, on peut dire que la vie (et les gens) ne le gâte vraiment pas. Si Suydam, un homme qui a soif de connaissance et de pouvoir, et qui désire plus que tout le retour d'un être puissant (si vous n'en avez pas deviné l'identité, la magnifique couverture aide beaucoup), représente l'élément principal du bouleversement de la vie de Charles, ce n'est pas le pire. Car la pire rencontre que Charles ait pu faire dans sa vie, c'est celle du détective privé Howard et du flic qui l'accompagne, Malone. J'ai vraiment détesté Howard, incarnation même du bon gros raciste qui se croit tout permis envers ces étrangers parqués à Harlem comme du bétail. Certains de ses propos m'ont révoltée : "Décidément, ces gens ne sont pas comme nous. Ça a été scientifiquement prouvé." Ses actes seront bien pires. Quant à Malone, je l'ai trouvé un peu mou. Il passe son temps à faire ce qu'on lui dit, sans vraiment donner son opinion. Bon, on en comprend la raison plus tard, puisque l'on a son point de vue sur la deuxième partie du récit (la première étant racontée du point de vue de Charles), mais du coup je n'ai pas trop accroché à ce personnage. D'autant plus qu'il valide les actes de Howard. Donc pour ce qui va leur arriver vers la fin, je n'ai pas du tout compatis.

La ballade de Black Tom est le premier roman de l'auteur publié en France. J'espère que nous aurons l'occasion d'en découvrir d'autres, car j'ai beaucoup aimé son écriture. Il a su créer une ambiance à la fois mystérieuse, sombre et oppressante, voire glaçante dans certains passages. L'univers de Lovecraft est là et, même si je n'ai pas forcément compris toutes les références parce que je n'ai jamais lu ses textes, j'ai pu en apprécier l'inventivité. Comme je l'ai précisé plus haut, Victor LaValle reprend l'une des nouvelles du célèbre écrivain, "Horreur à Red Hook", fortement critiquée, entre autres pour son indéniable racisme, et en contrebalance avec efficacité les propos pour créer un récit qui, au contraire, dénonce le racisme et la condition des personnes de couleur dans le New York des années 1920. Ainsi ils sont traités comme des moins-que-rien, accusés pour un rien, humiliés, que ce soit par les civiles Blancs ou par la police. On ne peut qu'être choqués, révoltés par tout cela, et c'est justement l'effet escompté. Ainsi, quand Black Tom apparaît, on comprend aisément ses motivations, même si rien de bon ne peut sortir de toute cette noirceur.

En bref...
Avec La ballade de Black Tom, roman court paru dans la collection UHL de Le Bélial', Victor LaValle prend le contrepied de la nouvelle de Lovecraft qu'il réécrit ici pour en faire une dénonciation du racisme et de la discrimination dont étaient victimes les personnes de couleurs dans les Etats-Unis des années 1920. C'est avec une plume efficace que l'auteur crée une ambiance à la fois mystérieuse, sombre et oppressante, où une menace plane continuellement, une présence glaçante, endormie, et qui risque de se réveiller à tout instant. Les personnages jouent leur rôle à la perfection, et l'on ne peut s'empêcher de compatir, se révolter pour certains tout en en détestant d'autres. Une très bonne découverte.

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