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mercredi 17 juin 2020

Shadow Scale (Seraphina #2) - Rachel Hartman




Shadow Scale est la suite de Seraphina, donc ne lisez pas cette critique si vous n'avez pas lu le premier tome (dont vous pouvez voir ma chronique ici). Il s'agit aussi de la fin des aventures de notre héroïne. J'ai tout autant apprécié ce tome, quoique peut-être un peu plus, malgré quelques longueurs. Celui-ci est plus dense, plus riche encore car, tandis que le premier se situait uniquement à Goredd, dans ce deuxième et dernier volume nous suivons Seraphina dans un long voyage dans les Southlands et les terres du nord.

Petit récapitulatif de ce qui s'est passé à la fin du premier tome :
- La vérité sur la nature de Seraphina a éclaté et, contrairement à ce qu'elle craignait,  Lucian et Glisselda l'ont acceptée telle qu'elle est. 
- Les dragons se sont divisés en deux partis : ceux contre le Traité ("The Old Ard") ont décidé de destituer Ardmagar Comonot et de déclarer la guerre à Goredd si on ne leur livre pas leur ancien chef ; et ceux qui restent fidèles au Ardmagar ("The Loyalists") sont prêts à se battre pour protéger leur chef et Goredd.
- La mère de Glisselda étant morte et sa grand-mère dans un état critique, la jeune princesse se retrouve à la tête du royaume. Elle accorde ainsi l'asile au Ardmagar, souhaitant maintenir le Traité comme les reines qui l'ont précédée.
- Orma, qui a reçu l'ordre de retourner à Tanamoot pour se faire effacer la mémoire (son affection envers sa nièce a été découvert), est obligé de quitter Seraphina pour s'enfuir.
- Seraphina a découvert que les êtres (qu'elle nomme "grotesques") qu'elle a dans son esprit sont en fait des personnes comme elle, mi-humaines/mi-dragons ("half-dragon", nommés "ityasaari" en porphyrian), et que certains ont conscience de son existence. Elle en a d'ailleurs déjà rencontré trois, en chair et en os, dans ce premier tome.

Au début de ce deuxième et dernier tome :
La situation est assez tendue, avec cette guerre inter-dragons qui risque d'arriver aux portes de la capitale du royaume de Goredd. Il y a déjà eu quelques batailles plus loin, et certains saarantrai ennemis ont réussi à s'introduire à Castle Orison pour tenter de tuer Comonot, ce qui a causé pas mal de dégâts. Est-il possible de gagner cette guerre, quand le camp adverse semble utiliser des tactiques inhabituelles pour l'esprit rationnel des dragons ?
Un petit espoir se présente avec l'arrivée d'une lettre d'Orma qui a découvert que les ityasaari peuvent développer une sorte de barrière capable de repousser les dragons. Glisselda envoie alors Seraphina en mission à travers les différents royaumes pour trouver les autres ityasaari et les amener à Goredd afin de protéger la cité. Ainsi Seraphina, accompagnée de Abdo et de Dame Okra, quitte Goredd pour une quête qui va s'avérer bien plus compliquée et dangereuse que prévu.

Ayant déjà donné une grande partie des éléments de l'univers développé dans cette série lors de ma première chronique, je ne vais pas m'attarder là-dessus. Nous en découvrons néanmoins bien plus dans ce tome : les autres royaumes (Samsam, Ninys et Porphyry) avec leurs coutumes, leurs lois, leurs croyances ; mais également Tanamoot, le territoire des dragons. J'ai trouvé cela vraiment intéressant, car on voit clairement les différences de comportements des habitants, notamment envers les ityasaari, selon le royaume où l'on se trouve. Samsam est le royaume qui hait le plus les dragons et considère les êtres issus d'une relation humain/saarantras comme des monstres à abattre, aussi Seraphina se trouve-t-elle dans une position assez délicate lorsqu'elle s'y rend. Ninys semble moins ferme à ce sujet, du coup les choses dépendent un peu de la façon de penser de chacun. Porphyry, qui se trouve de l'autre côté de Tanamoot, accepte totalement les dragons, avec lesquels ils n'ont jamais eu de problèmes ; ils sont même le royaume qui recueille les dragons bannis et vouent un certain respect pour les ityasaari.
Ces différences de perception me fait franchement penser à l'évolution des considérations autour des relations interraciales : autrefois, par exemple, le métissage était interdit (ici les ityasaari sont majoritairement mal perçus, sauf en Porphyry) ; les personnes ayant des relations interraciales pouvaient être punies (dans le tome précédent, il était sous-entendu qu'une femme soupçonnée d'avoir une relation "contre-nature" avec un dragon pouvait facilement "disparaître"), etc. En gros c'est un peu une manière d'aborder le racisme. Alors certes, les dragons sont carrément une autre espèce (pas simplement une autre race), mais ils peuvent prendre forme humaine : à ce moment-là, ne peut-on pas alors les considérer comme une sorte de "race humaine" un peu à part ? On peut détester les dragons à cause de leur ancienne manie de tuer les humains (la rancune peut être tenace), mais il n'y a aucune raison de détester des métis qui ne sont coupables de rien simplement parce que l'un de leurs parents est un dragon. C'est d'ailleurs marrant, cette haine des ityasaari, quand on sait le secret qui les entoure... (Je ne dirai rien, mais franchement c'était une bonne révélation !)
Bref ! je m'égare...

Comme si devoir voyager parmi des personnes inconnues, dont certaines détestent tout ce qui touche aux dragons, n'était pas déjà assez compliqué, un ennemi se dresse sur le chemin de notre héroïne. Quand Seraphina était plus jeune, un de ses "grotesques" est devenu dangereux pour son esprit et elle a dû le chasser de son jardin spirituel. Aujourd'hui, ce puissant être réapparaît et prend petit à petit possession de l'esprit des autres ityasaari en vue d'un objectif que la jeune femme ne parvient pas à comprendre. Au fil de sa quête, Seraphina va alors avoir de moins en moins d'alliés, va se retrouver de plus en plus seule, et va se retrouver face à un choix difficile : garder son propre esprit protégé derrière ses puissantes murailles, ou les abaisser et risquer de se faire piéger à son tour pour sauver les êtres qui lui sont chers.
Le personnage de Seraphina est toujours aussi intéressant et évolue bien plus ici que dans le tome précédent. Là encore je n'ai pas toujours été d'accord avec ses décisions (je crois qu'on a tous parfois tendance à dire "mais non, ne fais pas ça ! fais plutôt ça !" ou "bon sang, bouge-toi un peu !"), mais si elle ne faisait pas d'erreurs, elle ne serait pas humaine (ahah!). Loin de Lucian, avec qui elle a décidé de laisser en suspens cette attirance mutuelle tant que la situation sera aussi critique, elle ne passe pas son temps à se languir de lui. De temps en temps, oui, ce qui est normal, ce n'aurait pas été crédible si ça n'avait pas été le cas. Mais ce n'est pas ce qui prime, et c'est un bon point. En fait, les relations que Seraphina entretient avec les différents personnages sont bien développées et tout à fait crédibles. C'est une des choses que j'ai beaucoup apprécié dans cette histoire.

Le déroulement de l'intrigue est tout aussi bien mené, quoique j'ai ressenti certaines longueurs. Il faut dire que ce tome-ci (environ 600 pages) est bien plus dense que le précédent (environ 480 pages) : dans le premier, tout se situait à Goredd, alors que dans celui-ci, l'histoire se déroule dans cinq royaumes (en comptant celui des dragons), ça fait beaucoup à découvrir. La recherche des ityasaari prend une grande partie du roman, et il est vrai que parfois ça traîne un peu. D'autant plus qu'on s'attend tout de même à une bataille, voire deux : Seraphina contre cet esprit ennemi ; et The Old Ard contre The Loyalists et Goredd. Bon certes, les choses se mettent en place, le plan du mauvais ityasaari prend de plus en plus d'ampleur, se fait de plus en plus clair (et franchement, celui-là est drôlement malin !), et c'est bien joué. Mais j'aurais aimé que la ou les bataille(s) tant attendue(s), qui arrive(nt) à la toute fin, aie(nt) une plus grande part dans le roman. Je crois que c'est le seul gros point négatif que j'ai trouvé à ce livre : un léger manque d'équilibre entre la partie recherche, les questions existentielles et spirituelles de l'héroïne, et les scènes plus mouvementées.

En bref : Shadow Scale, suite et fin de Seraphina, est tout aussi réussi que le précédent. Malgré quelques longueurs, Rachel Hartman développe son histoire de manière tout à fait intéressante et crédible, et nous offre un dénouement réussi. On a peur pour nos personnages (certains en particulier, car on a tous nos chouchous, hein), on déteste le vilain qui bousille tout, et on est surpris par certaines révélations. Un bon petit mélange qui fonctionne toujours quand il est bien dosé. Je ne regrette pas d'avoir suivi cette aventure !

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