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mercredi 20 janvier 2021

PS : Tu me manques (PS T1) - Brigid Kemmerer

  


PS : Tu me manques est un roman pour ados qui, de par les thèmes qu'il aborde et le style narratif de l'autrice, peut toucher tout le monde, y compris les adultes.

Je vous mets le résumé éditeur, qui reflète plutôt bien l'histoire :
Juliet a toujours écrit à sa mère. Depuis sa mort soudaine, cette habitude est pour elle comme une bouée de sauvetage. Même si les courriers de Juliet restent sans réponse, elle continue de les déposer sur sa tombe chaque semaine.
Declan n'aurait jamais cru qu'une lettre pourrait changer sa vie. Pourtant, celle qu'il trouve au cimetière, où il fait des travaux d'intérêt général après le lycée, le touche profondément... Et il ne peut s'empêcher d'y ajouter deux mots.
Commence alors une correspondance inattendue entre Le Crépuscule et la Fille du Cimetière, deux étrangers que tout oppose. Ce qu'ils ignorent, c'est que leurs routes se sont déjà croisées...

J'ai été très touchée par cette histoire dont les personnages ont été particulièrement bien travaillés, tant les principaux que les secondaires, et dont les sujets développés m'ont grandement intéressée.
Juliet et Declan sont certes des personnes aux caractères et aux vies très différents, mais ils ont énormément en commun, ce dont ils vont se rendre compte au fil de leur correspondance et de leurs rencontres. Car à plusieurs reprises leurs chemins vont se croiser, sans qu'aucun des deux ne sache que l'autre est son correspondant, du moins jusqu'à ce que l'un d'eux le découvre.
Juliet a perdu sa mère, une photographe renommée qui voyageait à travers les pays pour rendre compte des horreurs subies dans le monde (guerres, famines, etc.), morte dans un accident de voiture alors qu'elle rentrait chez elle. Depuis, Juliet vit seule avec son père, avec lequel elle n'arrive plus à renouer le dialogue, tellement cette perte les a marqués. Elle passe son temps sur sa tombe et a arrêté la photo, persuadée que son travail n'atteindrait jamais l'importance de celui de sa mère. Heureusement sa meilleure amie est là pour la soutenir, mais elle ne peut lui confier tout ce qu'elle ressent au plus profond d'elle-même, cela étant trop difficile à prononcer à voix haute.
Declan, quant à lui, vit avec sa mère et son beau-père, qu'il ne supporte pas (et c'est réciproque). Obligé de faire des travaux d'intérêt général parce qu'il a volé et accidenté la voiture de son beau-père, il est perpétuellement en colère et agressif envers tout le monde. Excepté son meilleur ami Rev, qui est le seul à qui il se confie. Cette colère est en lui depuis des années, depuis que sa sœur est morte à cause de son père. Depuis ce jour, sa famille est détruite : son père est en prison, sa mère a longtemps dérivé, enchaînant de mauvaises relations jusqu'à son nouveau mariage que son fils n'arrive pas à accepter, et Declan s'est isolé de tout, incapable de se pardonner ce qui est arrivé.
Ce qu'ils ont en commun, c'est la perte d'un être cher, le deuil, mais surtout la culpabilité : Declan parce qu'il est persuadé qu'il aurait pu empêcher son père de tuer sa sœur ; Juliet parce que selon elle sa mère n'aurait pas eu cet accident si elle n'était pas rentrée plus tôt pour sa fille.
 
Cette relation épistolaire qu'il vont entretenir cachés derrière des pseudonymes va être bénéfique pour eux, car elle va leur permettre de mettre des mots sur ce qu'ils ressentent afin de mieux avancer ensuite. Car ce qui est abordé ici, c'est aussi la difficulté à communiquer : Juliet avec son père et sa meilleure amie, Declan avec sa mère et son beau-père. Et c'est finalement cette absence de communication qui les empêche d'aller de l'avant et les pousse à s'enfoncer dans leur désespoir. En particulier chez Declan, qui est le personnage qui m'a le plus émue, tant sa détresse est grande. Je me suis un peu moins attachée à Juliet, dont le comportement et les décisions m'ont parfois un peu exaspérée, même si elle a su quelques-fois me toucher.
Quant à leurs rencontres "physiques" (en face à face, sous leur véritable identité), elles vont être un moyen pour eux de comprendre qu'il ne faut pas se fier aux apparences ni aux rumeurs, que l'on ne peut prétendre connaître une personne simplement à travers les on-dit. Cela est valable également dans leurs relations avec les autres personnages, notamment Melendez, le tuteur des travaux d'intérêt général de Declan, et Rev, le meilleur ami de Declan toujours camouflé sous des manches longues et une capuche. Ce dernier est d'ailleurs un personnage important, que j'ai adoré autant que Declan, mais dont je parlerai plutôt dans ma chronique sur le livre suivant, PS : Je ne t'ai jamais dit, dont il est le personnage principal.
Que ce soit à travers leur correspondance ou leurs rencontres, Juliet et Declan vont se pousser mutuellement à avancer, pas à pas, et peut-être réussir à se pardonner à eux-mêmes. Et grâce à ces petites avancées, ils vont comprendre que tout ne dépend pas toujours d'eux, qu'il y a des événements qu'ils ne peuvent et ne pourront jamais contrôler (ou qu'ils n'auraient jamais dû avoir à contrôler), mais qu'en revanche ils peuvent choisir d'essayer d'arranger les choses pour aller mieux.
 
J'ai bien aimé la mise en page du livre : au début de chaque chapitre nous avons une lettre ou un mail destiné au personnage qui raconte son histoire. Les deux personnages principaux sont narrateurs, ainsi les chapitres alternent entre le point de vue de Juliet et celui de Declan. J'aime bien ce genre de procédé, cela m'aurait terriblement frustrée si je n'avais pas pu découvrir l'histoire à travers le regard de Declan.
Petit bémol pour la version ebook, où la mise en page cafouille (j'ai vérifié par rapport au livre papier) : les différences de police et les sauts de lignes qui permettent de distinguer les correspondances des parties narratives n'apparaissent pas toujours, ce qui conduit parfois à certaines confusions. Un petit travail sur la version ebook ne serait donc pas du luxe.
Quant à la plume de l'autrice, si elle n'était pas aussi fluide et soignée, l'histoire n'aurait pu avoir un tel impact. Elle permet de suivre cette intrigue aux sujets si difficiles avec intérêt, sans jamais se lasser. Elle nous fait tourner les pages, encore et encore, nous conduisant avec douceur vers une fin à laquelle on adhère aisément, tout en nous faisant passer par un panel d'émotions assez varié (joie, tristesse, compassion, colère, amusement...).


En bref...
PS : Tu me manques est un roman particulièrement émouvant qui nous conte la rencontre à la fois épistolaire et "physique" de deux adolescents endeuillés emplis de tristesse, de culpabilité et de colère. L'autrice aborde, avec une écriture fluide particulièrement bien soignée, des thèmes pouvant toucher n'importe qui tant ils sont actuels et bien plus répandus qu'ils ne le devraient. La famille et la difficulté à communiquer sont les points centraux de cette histoire, points de départ de drames et de non-dits qui causent et amplifient le désespoir des personnages principaux. Ces derniers, tout comme les autres, sont traités de manière juste, authentique, et l'on ne peut s'empêcher de compatir face à leur détresse.
Une très bonne lecture, à la fois agréable et touchante.

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